La dysplasie du coude (DC/ED)

Le texte qui suit est une reproduction non-intégrale d’un écrit (“aspects pratiques du dépistage de la dysplasie du coude chez le chien”) du Dr Jean-Pierre Genevois , professeur de chirurgie à l’Ecole Vétérinaire de Lyon.

Qu’est-ce que c’est ?

La dysplasie du coude est moins connue que la dysplasie coxo-fémorale, d’où la nécessité de développer les principales caractéristiques de cette affection avant d’aborder son dépistage.

Définition : Le terme “dysplasie” désigne un trouble du développement (ou de la croissance) qui concerne un organe, un tissu ou un appareil.

On désigne sous l’appellation de dysplasie du coude 4 affections qui entraînent une altération (=dégradation) de la surface articulaire ou de la congruence articulaire (= conformation bien adaptée) entre les 3 os qui constituent l’articulation du coude : l’humérus, le radius et l’ulna (appelée cubitus chez l’homme). Ces quatre affections peuvent exister, chez un même animal, de manière isolée, ou être associées à des degrés divers.
Il s’agit de :

  • l’ostéochondrite disséquante (OCD), localisée essentiellement sur le condyle médial de l’humérus
  • la non-union du processus anconé de l’ulna (NUPA)
  • la fragmentation du processus coronoïde médial de l’ulna (FPC)
  • l’incongruence articulaire (IA)

On considère actuellement que ces affections sont responsables de la majorité des cas d’arthrose invalidante du coude observés chez le chien.

Symptômes :

Les symptômes sont ceux d’une boiterie plus ou moins accusée d’un ou des deux membres antérieurs. Elle apparaît généralement vers 5 à 8 mois. Tous les animaux atteints d’une dysplasie du coude n’extériorisent cependant pas de manière précoce l’affection sur un plan clinique : certains ne seront gênés qu’au bout de plusieurs années, en raison de l’évolution arthrosique du coude, qui est quasi systématique. Les animaux les plus sévèrement atteints peuvent refuser l’exercice et demeurer assis ou couchés la majorité du temps, jouant moins longtemps que les animaux du même âge.

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Les anomalies des coudes peuvent toucher plusieurs parties de l’articulation (ci-contre en rouge).

Epidémiologie :

L’épidémiologie de la dysplasie du coude recouvre assez bien celle de la dysplasie de la hanche. Un individu atteint de dysplasie coxo-fémorale présenterait environ deux fois plus de risques d’être atteint d’une dysplasie du coude qu’un animal dont les hanches sont normales. Toutes les races de grande et moyenne taille sont susceptibles d’être concernées par la DC/ ED. En règle générale, c’est la FPC qui est rencontrée le plus fréquemment des cas environ, l’affection est bilatérale.

Aspect héréditaire :

Le caractère héréditaire de la dysplasie du coude (DC/ ED) a fait l’objet d’études très précoces. On peut dire que la situation est, là encore, comparable à celle de la dysplasie de la hanche. On estime que la transmission s’effectue selon un mode polygénique, et qu’elle relève donc de l’hérédité quantitative. Les mêmes “facteurs extérieurs” (ou “d’environnement”) que ceux qui jouent un rôle dans l’expressivité de la dysplasie de la hanche se retrouvent également ici. Suralimentation, complémentation minérale excessive sont susceptibles d’augmenter le nombre d’individus dysplasiques au sein d’une portée “à risque” en facilitant l’expression “anatomique” de l’anomalie génétique.

Lutte contre l’extension de l’affection :

Il est recommandé d’écarter de la reproduction les animaux atteints de DC/ ED, ceux dont la descendance présente de la DC/ ED, et, idéalement, les animaux sains mais issus eux-mêmes de parents atteints de DC/ ED.

Dépistage :

Comme exposé plus haut, et comme pour la dysplasie de la hanche, tous les animaux affectés d’une dysplasie du coude ne boitent pas forcément. Certains individus “compensent” remarquablement bien leur affection. On peut envisager un diagnostic de suspicion lorsqu’apparait une boiterie d’un ou des deux membres antérieurs chez un animal appartenant à une race à risque, dès l’âge de 5 mois. Il existe par ailleurs un certain nombre de “signes d’appel” qui ne sont pas pathognomoniques (= absolument spécifiques de l’affection). La radiographie est donc l’examen recommandé. L’âge recommandé pour pratiquer le dépistage est de 12 mois, sauf pour les races géantes (varie toutefois selon les races et les pays). Il est impératif de radiographier systématiquement les deux coudes d’un même animal.

Une grille à 5 niveaux est utilisée pour classer l’animal :

0 : coude normal (absence de DC/ ED)
1 : stade limite
2 : dysplasie du coude de stade I
3 : dysplasie du coude de stade II
4 : dysplasie du coude de stade III

Elle repose sur la présence d’une des 4 affections citées plus haut, et/ou sur l’importance des signes d’arthrose. La reconnaissance au plan européen de cette grille de notation a été confirmée lors d’une réunion internationale organisée par la FCI et l’IEWG à Munich en septembre 2005.

En élevage, en Suisse

En Suisse, les radiographies sont pratiquées par un vétérinaire habilité, puis envoyées à l’une des deux commissions officielles de lecture (celle de Berne ou celle de Zürich). Le sujet radiographié doit être âgé de 15 mois au minimum.

Le règlement du Club Suisse du Chien-Loup de Saarloos (CSCLS / SCSW) autorise la reproduction des sujets présentants des résultats “0” ou “1” uniquement.

Il est important de savoir que le résultat s’entend par coude et non pas en moyenne (un coude “0” et un coude “2” excluent donc le sujet de l’élevage et ne donnent pas une moyenne de “1”) !

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“Aimer les chiens, c’est aimer en eux ce que nous, les humains, avons de plus sûr et de meilleur ”

Madeleine Chapsal