Le chien-loup de Saarloos et la solitude

Cet article est une reproduction autorisée et intégrale du texte “Instinct de meute chez le Saarloos et conséquences”, écrit par l’élevage Canens Africae (voir source en bas de page et leur site dans la rubrique Liens). Un grand merci à Seb et Nico de partager leurs connaissances et de m’avoir permis de mettre à disposition leur excellent texte dans cette rubrique.

“Comme toutes les races de chiens, le chien-loup de Saarloos est un animal social, qui a hérité de son ancêtre loup un instinct grégaire très puissant.

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Pour beaucoup de races de chiens, le travail de sélection de l’homme a visé à canaliser cet instinct, à le maîtriser, de manière à ce que les chiens actuels soient plus à même de supporter la solitude que leurs ancêtres. Tout ce travail a été sapé chez le Saarloos, lorsque son créateur a marié le loup au Berger Allemand.

Des milliers d’années de sélection, qui ont abouti à ce chien aussi obéissant qu’inséré dans la société humaine qu’est le Berger Allemand, effacées par un acte régressif : le mariage du domestique et du sauvage, de l’obéissant et de l’indomptable. Avec le sang de loup, l’instinct de meute a refait surface chez le saarloos.

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Concrètement, cela signifie que les interactions sociales avec ses congénères canins sont devenues vitales au Saarloos, et que lui n’est plus capable, contrairement à certains d’entre eux (toutes les races n’ont pas perdu cet instinct), de vivre seul.

Pour un chiot ‘normal’, la solitude n’est pas naturelle, et l’instinct grégaire est très fort. Néanmoins, par un apprentissage patient et sensible, on peut parvenir à lui faire supporter une solitude complète (absence des maîtres + absence d’autre chien) pendant quelques heures sans traumatisme irréversible.

Pour un louveteau, la solitude complète (absence des parents + absence des frères et soeurs) signifie ni plus ni moins que la mort à court terme, tué par un prédateur ou par la faim. Il est incapable de rester seul sans devenir fou d’angoisse. Le chien loup de Saarloos se situe quelque part entre les deux, tiraillé entre ses ancêtres. On pourrait penser que la présence humaine est un substitut à la présence de congénères canins, tant il est vrai que les humains de la famille font partie à part entière de la meute du Saarloos. Hors, il n’en est rien. Personne ne pourrait remplacer un autre chien pour un Saarloos, à part peut-être Shaun Ellis. Et encore.

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Vous sentez-vous capable d’initier des parties de chasse interminables avec votre chiot puis votre chien adulte,et ce à toute heure du jour et de la nuit ? Pouvez-vous dormir avec votre chien toutes les nuits ? Etes vous capable de lire les humeurs de votre saarloos en reniflant ses odeurs corporelles ?

Vous sentez-vous capable de mimer l’acte sexuel pour jouer avec votre compagnon ? Etes-vous en mesure de passer avec lui 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 ? Si à une ou plusieurs de ces questions la réponse est non (et pour moi, la réponse est non à toutes ces questions), alors c’est que vous ne pouvez pas remplacer un compagnon canin auprès de votre saarloos. Et encore, les quelques exemples ci-dessus ne sont qu’une infime partie de ce que les chiens s’apportent mutuellement. Et qu’aucun humain ne peut remplacer.

Il n’y a pas longtemps, nous avons été contacté par un jeune couple pour l’adoption d’un saarloos adulte en placement, en l’occurrence Eiko. Le jeune couple en question avait une petite Saarloos de quatre mois, et pensait qu’une compagnie canine pourrait être une bonne chose pour elle. Comme je me déplaçais dans la région où ils habitaient quelques jours plus tard, j’ai proposé de déposer Eiko à leur domicile, à l’essai pour quelques jours, et de passer le reprendre en cas de problème. En arrivant, j’ai trouvé des gens calmes et sympathiques, et une jeune chienne tranquille et réservée, qui s’est littéralement transformée quand elle a vu le chien, et a commencé à jouer comme une petite folle. Eiko quant à lui s’est montré très ouvert avec la famille, calme et posé avec la petite, et est tout de suite aller se faire caresser par le couple. Tout s’annonçait pour le mieux, et je les ai quitté l’esprit tranquille.

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Malheureusement, quelques jours plus tard, ils m’ont rappelé en me demandant de venir chercher Eiko. Motif : tout allait très bien avec lui, ils commençaient même à s’y attacher, mais la petite chienne n’obéissait plus, était devenue ingérable.

J’ai récupéré le chien. Mais j’ai laissé derrière une petite Saarloos de quatre mois, qui est sortie de sa solitude pendant un court moment, et que ses maîtres, sans penser à mal sans doute, ont replongé dans son état semi-dépressif. Ce qu’elle a exprimé durant ces quelques jours, c’était juste de la joie de vivre et du bonheur. Son comportement aurait fini par se réguler et revenir à la normale (c’est-à-dire, pour eux, au calme), au bout de quelques semaines. Au lieu de quoi, ses maîtres ont préféré ne pas garder Eiko qu’ils percevaient comme l’origine du problème de leur chienne, sans se rendre compte qu’il était en fait la solution.
Il est anormal pour un chiot de quatre mois d’être sage comme une image, de grogner à la porte quand quelqu’un sonne, de ne pas faire de bêtises dans la maison. Ce comportement traduit sans doute une insécurité constante, qui l’empêche de vivre à plein sa jeunesse.
A cet âge, un chiot devrait toujours pouvoir compter sur son entourage (ses maîtres, un ou plusieurs chiens adultes) pour le protéger, et de ce fait avoir l’esprit assez tranquille pour exprimer sa joie de vivre et laisser aux autres le soin de grogner à la porte.

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Ce que raconte cette histoire, c’est que jamais un Saarloos ne devrait être privé de compagnie canine. C’est malheureusement trop souvent le cas. Cette petite femelle réussira peut-être à sortir de cette enfance solitaire sans traumatisme permanent. Malheureusement, c’est peu probable, et il y a fort à parier que des problèmes comportementaux apparaîtront plus ou moins rapidement.

 Problèmes qui pourront aller, selon la gravité de la névrose, d’une réserve se transformant en peur panique, à une agressivité montante envers les autres chiens ou plus probablement les humains. Je ne cherche pas à culpabiliser qui que ce soit en écrivant ses lignes. Quelques personnes de notre connaissance n’ont qu’un Saarloos, et parfois les choses se passent très bien. Mais, à chaque fois, ces personnes ont réussit à créer une relation fusionnelle avec leur Saarloos, qui ne les quitte pas d’une semelle ni le jour ni la nuit (Cédric et Danka, Nicolas et Lady, Martial et Gurkan, etc…). Par ailleurs, ces personnes ont des chiens dans leur entourage immédiat, que leurs saarloos voient longuement tous les jours, ce qui, en association à la relation fusionnelle et exclusive qu’ils entretiennent avec leur maître, est suffisant pour combler leurs besoins de contacts canins. Néanmoins, notre expérience d’éleveurs nous montre une chose : presque tous les chiens qui sont revenus (ils sont peu nombreux heureusement) étaient des chiens que nous avions placés seuls, soit que l’un des deux du couple ne travaillait pas ou travaillait à la maison, soit que le Saarloos pouvait suivre son maître sur son lieu de travail. Ces placements furent des erreurs, que nous ne commettons plus désormais.

Ce que je voudrais faire comprendre aux futurs maîtres, c’est qu’on ne sait pas, on ne comprend pas ce qu’est un saarloos si on ne comprend pas ce besoin si puissant qu’il a de compagnie canine.

Et qu’une fois qu’on l’a compris, comment et pourquoi la lui refuser ?”

Source : http://canensafricae.blogspot.fr/2012/03/linstinct-de-meute-du-saarloos-et-ses.html

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“Aimer les chiens, c’est aimer en eux ce que nous, les humains, avons de plus sûr et de meilleur “

Madeleine Chapsal